Pour ce premier article de fonds, nous allons commencer par les bases. Qu'est-ce que bitcoin, qu'est-ce que la blockchain.

Pour faire simple, Bitcoin est la monnaie d'internet. Comme internet (surtout à ses débuts), Bitcoin est jeune, rapide, presque gratuit, incontrôlable (il ne connait pas les frontières et les gouvernements ne peuvent rien contre lui) et il est accusé de tous les maux.

Bitcoin a été lancé le 3 janvier 2009 dans une optique de défiance envers les pouvoirs centraux (banques et États) par des personnes particulièrement éprises de libertés (libertariens, libertaires, libéraux…). Il s'agissait de construire une monnaie qui, n'ayant pas de tête (décentralisée), ne pouvait être décapitée (fermer l'entreprise gestionnaire ou contrôler ses serveurs).

Vous savez, je pense qu'il y avait bien plus de gens intéressées dans les années 90, mais après que les systèmes basés sur des tiers de confiance (Digicash, etc.) aient tous échoué pendant plus d'une décennie, ces gens ont considéré que c'est une cause perdue. J'espère qu'ils comprendront que c'est la première fois à ma connaissance que nous essayons un système qui ne soit pas basé sur la confiance. — Satoshi Nakamoto, 16 janvier 2009

Le prix d'un bitcoin est passé en six ans de 1 cent (le 4 janvier 2010, peu de temps après sa première cotation) à 1163 dollars (le 25 novembre 2013), soit plus de onze millions de pourcents. Après de multiples rebondissements, il vaut actuellement environ 250 euros. Cette volatilité extrême s'explique par son faible volume, mais cela montre aussi un réel intérêt, cela montre que Bitcoin réponds à une attente.

Lowest bitcoin price ever: 0.01 dollar
Highest bitcoin price ever: 1163 dollars

Les esprits alertes auront remarqué que nous employons le mot « bitcoin » tantôt avec une majuscule et tantôt sans. Ce n'est pas des fautes de frappes. Il faut comprendre que Bitcoin désigne deux choses :

  • d'une part un réseau, le réseau Bitcoin (nom propre, invariable) ;
  • d'autre part l'unité de compte, les « jetons » qui circulent sur ce réseau, les bitcoins (nom commun, s'accorde en nombre).
Ainsi, les bitcoins circulent sur le réseau Bitcoin, de la même manière que les dollars circulent sur les réseaux PayPal ou Mastercard.

Au niveau juridique, le statut de monnaie de bitcoin est… compliqué. Selon à quelle autorité vous demandez, c'est une monnaie ou autre chose. Le sujet est tellement vaste qu'il sera traité dans un prochain article et fera plus tard l'objet d'un livre blanc.

Au niveau monétaire, Bitcoin est une monnaie déflationniste. C'est-à-dire qu'elle se comporte comme une matière première (l'or est souvent cité) : il y a un stock initial, que l'on « mine » petit à petit (émission graduelle) et il n'y en aura jamais davantage. Le nombre de bitcoins (21 millions) est connu dès le début et ne pourra être augmenté sans changer le contrat social — ce qui a très peu de chance d'arriver. C'est le contraire d'une monnaie dite inflationniste (comme l'euro, le dollar…) où la création monétaire est constante[1]. Cet aspect déflationniste a d'importantes conséquences sur l'économie et la mentalité de thésaurisation et spéculation souvent attachée à Bitcoin.

Au niveau technique, Bitcoin est un réseau dit de pair-à-pair, comme BitTorrent. Il n'y a pas de serveurs centraux, même si la décentralisation est moins forte qu'auparavant (concentration de la puissance de calcul pour des raisons économiques). Bitcoin s'appuie sur un concept révolutionnaire, la blockchain[2], qui est un grand livre de compte enregistrant pour toute éternité l'ensemble des transactions bitcoins du monde entier. Ce livre de compte a une copie installée sur chaque nœud (on parle de « mineur ») et la synchronisation entre les différents nœuds est assurée par un système de consensus à la majorité absolue.

Pour assurer ce consensus, on utilise de la cryptographie de haut niveau, d'où le terme de cryptomonnaie[3]. Cette cryptographie permet quelque chose qui est extrêmement difficile à obtenir pour un objet numérique : ne pas pouvoir le copier à l'identique. C'est parce qu'un bitcoin ne peut être copié qu'il a une valeur en tant que monnaie.

Pour terminer, la technologie de la blockchain qui sous-tend Bitcoin peut servir à bien plus que la monnaie. On dit qu'« on reconnait un outil révolutionnaire à ce qu'il sert à bien plus que son but initial ». C'est bien le cas de Bitcoin, la blockchain pouvant servir pour des actes notariés, pour l'internet des objets… Mais ceci est une autre histoire.

Après avoir lu cet article, vous devriez avoir plus de questions que quand vous avez commencé - nous n'avons même pas vraiment abordé « pourquoi devrais-je m'intéresser à bitcoin ? ». C'est normal, nous en sommes tous passés par là. Suivez les prochains dossiers de cryptofr pour en savoir davantage.


  1. Notez que le fait que des bitcoins soient minés tous les jours est différent d'une création monétaire — si vous souhaitez que je clarifie ce point, faites m'en part en commentaire. ↩︎

  2. La blockchain est un sujet tellement vaste qu'elle sera abordée dans une série d'articles, plus tard. ↩︎

  3. Ou crypto-monnaie, l'orthographe varie. Comme souvent à mesure que le terme se généralise, le trait d'union disparaitra, comme e-mail et email. ↩︎